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De l’atelier de l’Air à la SNCAC

 La Libération

Les destructions

Après leur départ de Cravant, entre le 20 et le 22 août 1944, les troupes d’occupation laissent derrières elles de nombreuses destructions. Aux abords de l’usine souterraine les cantines et plusieurs bâtiments ont été incendiés, même constat autour de l’aérodrome où la plupart des installations sont endommagées, mais c’est surtout à Bazarnes que les dégâts sont les plus importants. Le camp de prisonniers n’est plus qu’un amas de ruines et de ferrailles, s’étendant sur près de 20 hectares. Tous les bâtiments ont été détruits à l’explosif. A Palotte cependant, l’usine souterraine n’a pratiquement pas souffert.
 

Cantine située à proximité des carrières du côté Cravant, envahie par la végétation


Cantine située dans la plaine, visible depuis la RN6

 

En effet, le dispositif de destruction mis en place par les Allemands n’a pas fonctionné comme prévu. Les voûtes et les murailles ont résisté aux charges de dynamite et le manque d’oxygène dans les galeries a vite étouffé l’incendie. Ainsi, lorsque les premiers maquisards investissent l’usine ils découvrent avec stupéfaction des installations encore intactes, de nombreux avions en cours de réparation et bien-sûr un stock important de pièces détachées. Plusieurs dizaines de cellules et fuselages de Fw 190 se trouvent là, abandonnés par la Luftwaffe et le personnel du « Frontreparatur AGO ».

 

Après ces quatre années d’occupation, on manque un peu de tout dans la région et l’usine abandonnée par l’ennemi devient vite une manne providentielle pour la population qui tout naturellement se précipite à Palotte en vue de récupérer toutes sortes d’effets ou de matériels considérés comme « prise de guerre ». Devant l’ampleur du phénomène, les autorités locales sont obligées de mettre le site sous bonne garde afin d’en préserver les installations ou tout au moins ce qu’il en reste…

   
  Objet détourné : roulette de queue de FW190 utilisée comme roue de brouette  


Inventaire et récupération

L’inventaire établi à Palotte au mois d’octobre 1944 par les services de renseignement américains et britanniques, fait état de 120 fuselages et 156 voilures en bon état apparent. Tous ces éléments appartiennent à différents types de Fw 190, notamment aux versions A4, A5, A7 et A8.

 

Des éléments de Fw 190 sont signalés un peu partout sur le territoire national. Une centaine de moteurs BMW 801 ont été retrouvé dans des dépôts et des usines, notamment dans les carrières de Saint-Astier, en Dordogne. Par ailleurs, de nombreuses épaves de Fw 190 sont récupérées au fur et à mesure de l’avance des armées alliées.

 

   
  Fuselages de FW190 stockés dans les carrières de Saint-Astier
 


 

Il est alors assez tentant de relancer la production de ce chasseur à partir des éléments retrouvés à Cravant et sur d’autres sites. Pour les autorités, cette opération permettrait d’avoir un avion de transition à moindre coût en attendant la production d’appareils plus modernes, mais aussi de relancer l’activité dans le secteur aéronautique. La remise en état d’un « Fw 190 » s’élève à 1,5 million de francs de l’époque alors qu’il faut compter 12 millions pour un « Spitfire » neuf acheté en Grande Bretagne.

C’est le Ministre de l’Air, Charles Tillon, qui prend la décision de remettre l’usine souterraine en route afin d’équiper notre Armée de l’Air de cescélèbres « Focke-wulf » et les lancer sans plus attendre dans les derniers combats contre l’Allemagne.

 

 

 

 

 


  

 L’Atelier de l’Air

Personnel et outillage

Ainsi, le 13 novembre 1944 le site de Palotte est réquisitionné au profit de l’industrie aéronautique sous la dénomination « Atelier de l’Air ». Celui-ci entre en scène, dès le 16 novembre 1944, avec seulement 78 ouvriers et pratiquement aucun outillage. La plupart des machines et outils ayant disparu avec le départ des Allemands, les destructions et les pillages. Afin de se doter de la main d’œuvre spécialisée indispensable au bon fonctionnement de l’usine, le directeur de l’Atelier Monsieur Echard, fait appel aux autres centres aéronautiques. On fait venir des ouvriers qualifiés de la région parisienne, puis des usines SNCAC de Bourges et de Fourchambault pour encadrer le personnel nouvellement embauché ou ayant travaillé là pendant la période allemande. 

Cette dernière catégorie de personnel doit cependant fournir une attestation de « bonne conduite » délivrée par la Commission d’épuration de l’usine. Enfin, pour faire face aux pénuries, certains ouvriers spécialisés de la région parisienne arrivent même avec leur propre outillage.

 

 
     


 

Assemblage et bricolage

La tâche de l’Atelier n’est pas des plus faciles. Sa mission tient plus du bricolage que d’une production en série. En fait, il s’agit de fabriquer du neuf en se servant uniquement de matériaux de récupération provenant des stocks abandonnés ou trouvés dans les « cimetières d’avions » accidentés.

Dans le même temps on procède à la remise en état des lieux. De gros travaux d’infrastructure sont de nouveau lancés à Palotte : révision complète du système de ventilation sérieusement endommagé par l’incendie provoqué au moment de la retraite allemande, remise en service du matériel de production d’air comprimé complété par un système déshydratant sur le circuit de production, amélioration de l’installation électrique intérieure avec mise en place d’un nouveau transformateur pour augmenter la puissance de l’énergie électrique à 1500 kVA, réalisation d’une station d’épuration des eaux usées et d’une installation de secours pour l’alimentation en eau de l’usine. Dans la grotte N°2 construction d’un bâtiment en parpaings comprenant un étage et destinés aux bureaux d’études et aux services administratifs, aménagement de vestiaires collectifs et de lavabos collectifs. A l’extérieur, construction d’un baraquement en bois prévu pour y fabriquer des circuits électriques à l’abri de l’humidité, remise en état des bâtiments servant de cantine et de sanitaires, réparation du hall de montage…etc.

 

Grâce au concours de l’Etat et des usines aéronautiques, l’Atelier réussi à se procurer les matériels et les équipements indispensables au lancement des chaînes de production. Après quelques mois d’efforts, le premier appareil assemblé à Palotte sort de l’usine avec l’appellation AACr-6 pour « Atelier Aéronautique de Cravant ». Envoyé sur l’aérodrome d’Auxerre-Monéteau, celui-ci effectue son vol d’essai avec succès, le 16 mars 1945. La « petite histoire » raconte qu’il termina son atterrissage dans un fossé… Puis des essais sont effectués, avec quatre autres appareils, au Centre d’Essais en Vol (CEV) de Marignane où ils subissent toutes sortes d’épreuves, notamment avec un pilote d’essai devenu célèbre, le Colonel Rozanoff.

Le colonnel Constantin ROZANOFF 


 

 

 La SNCAC

Le 14 avril 1945 la « Société Nationale de Constructions Aéronautique du Centre » (SNCAC) succède à « l’Atelier de l’Air ». Le recrutement des ouvriers spécialisés en région parisienne et au sein de la main d’œuvre locale permet d’augmenter l’effectif de l’usine à près de 800 employés, dont les deux tiers sont affectés à la production et l’autre tiers aux services administratifs. Par soucis de rentabilité, on a créé une « école de formation accélérée » qui transforme le personnel recruté dans la région en spécialistes riveteurs ou ajusteurs. En quelques mois, Palotte est devenue une véritable cité de troglodytes avec toutes les commodités modernes : une cantine pouvant servir 1400 repas journaliers, une infirmerie et même un cabinet dentaire, ce qui est exceptionnel pour l’époque.

 

   Documents SNCAC  

 

 

La chaîne d’assemblage

Avec la prise en compte de l’usine par la SNCAC, le « Fw 190 français » est rebaptisé NC 900. La chaîne d’assemblage compte 15 postes répartis dans les différentes galeries et correspondant chacun à une opération bien précise. Les cadences de sortie restent cependant relativement lentes. Il faut entre-autres détecter les sabotages effectués pendant la période d’occupation et remettre en état les pièces défectueuses, ce qui demande du temps. Dès qu’un NC 900 est terminé, le chef-pilote Lepreux procède aux essais en vol à Auxerre-Monéteau où les appareils commencent à s’entasser sur le terrain.

   

 

 

Le 11 mai 1945, le NC 900 est enfin certifié « apte au service » par le CEV, soit deux mois après son premier vol à Auxerre et… 3 jours après la fin de la guerre en Europe !

 

Le Ministère de l’Air décide alors d’affecter le NC 900 au célèbre Groupe de Chasse III/5 « Normandie-Niémen ». Celui-ci connaît bien le Fw 190 pour l’avoir combattu sur le front russe et pendant la campagne d’Allemagne. En Octobre 1945, le Groupe reçoit deux NC 900 en « évaluation opérationnelle ». Ils doivent remplacer à terme les Yak 3 soviétiques qui commencent à souffrir du manque de pièces de rechanges.

 

 Insigne ayant appartenu au Général Léon Cuffaut
 Le Général Léon CUFFAUT


 

A Cravant, la production continue. L’usine de Palotte sort encore 11 appareils en Novembre 1945, un peu moins le mois suivant. En Janvier 1946, une trentaine de NC 900 destinés au « Normandie-Niémen » sont prêts à voler. Mais la production s’arrête, faute de crédit, et l’usine de Palotte ferme ses portes le lundi 18 février 1946.

 

En un an, 70 appareils auront été assemblés à Cravant.

La fermeture de l’usine de Palotte

 
 
 
Article de l’Yonne Républicaine du 20 février 1946 " Fermeture de l’usine "
       
 Pour lire l’article complet cliquer ICI

 

 

 

      

S.N.C.A.C

La SNCAC, Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Centre naît début 1937 de la fusion des entreprises Hanriot (usine de Bourges ) et Farman (usines de Fourchambault et de Billancourt ) suite aux nationalisations du Front Populaire. Elle compte 9 500 employés.

Les avions construits par la SNCAC prennent l’appellation maison de « NC ». Faute de dynamisme propre, l’Etat lui confie le montage des Curtis H 75 que la France achète aux Etats-Unis puis la société travaille en sous-traitance pour Morane-Saulnier (montage de MS 406 ) et pour la SNACASO ( montage du Breguet 693 ).

Après la défaite, ses usines se trouvant en zone occupée, la SNCAC va assembler les Siebel 204 pour l’occupant, dans des usines détruites à 30 %. Cette production de Siebel 204 rebaptisé NC 700 se poursuivra après la Libération .

En avril 1945, la SNCAC prend en compte l’assemblage des FW 190 à Cravant.

L’appareil prendra alors l’appellation NC 900.

 

 

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